vendredi 4 décembre 2009

Debut du travail avec les enfants de Yanasara

Lundi 30 novembre et mardi 1 décembre.

Lundi, c'est au tour de l'estomac de Guillaume de faire des acrobaties. Il en sera quitte pour un ou deux jours de diète, après 4 jours de riz-patate midi et soir, cela ne peut pas faire de mal. Il semble que tous les volontaires venant à Yanasara doivent passer par la case maladie au début de leur séjour. Avec un ou deux jours, nous sommes plutôt dans la moyenne basse, la dernière volontaire était restée alitée presque une semaine. Pour nous donc ça va beaucoup mieux, mais attention à la rechute...

Après les fortes pluies de dimanche, le débit de la rivière avait fortement augmenté: pour traverser et nous rendre à l'école lundi matin, il nous a fallu emprunter le tracteur du village: sensations fortes garanties...Les pentes menant à l'école étant assez fortes et le chemin très boueux, le tracteur s'est bien évidemment embourbé, et il a fallu pousser.

Petite vue de l'école primaire au pied des montagnes




Le fameux tracteur

Cette capacité des rivières à gonfler très rapidement est assez impressionnante. Mardi, nous sommes allée aux sources thermales de Yanasara pour relaxer nos corps fatigués par les tribulations digestives des jours précédents. Les bains sont séparés du village par une autre rivière. Alors que la traversée à l'aller s'était faite sans problème, la rivière semblait avoir triplé de débit au retour, et ce alors qu'il n'avait pas plu dans la vallée: l'eau avait du tomber plus haut dans les montagnes.

Le temps aussi change très vite. On peut passer en quelques heures de grosses pluies à un soleil de plomb. Un chemin desséché par le soleil peut ainsi se transformer le lendemain en torrent de boue.

Du côté du travail à l'école, tout se passe plutôt bien pour l'instant. Lundi, les professeurs de segundo et cuarto grado n'avaient pu se rendre à l'école, la route descendant de Huamachuco étant impraticables. Il paraît que les jours de forte pluie, des morceaux de la route s'effondrent. Mais on nous a dit de ne pas nous inquiéter, cela n'arrive que deux à trois fois par mois...

Mardi vint le tour des primer et quinto grado, cette fois avec leurs professeurs pour nous épauler. Globalement, ces deux premières matinées se sont vraiment bien passées. Il faut bien vaincre la timidité des enfants, mais il est normal qu'ils aient un peu de mal à s'exprimer, à l'oral comme à l'écrit, face à deux grands gringos fraîchement débarqués de leur France natale.

La cour de l'ecole
Les cartes du Perou et de la region La Libertad dans la classe des quinto grado

Comme quoi, on etudie les memes choses de ce cote de l'atlantique.
Les enfants prennent la pose...
... aiment ca... ... et en redemandent !
Quelques instants avant la ruee des enfants
Profesor Guillermo en plein travail.Heureusement, les enfants travaillent avec plaisir.Choix des themes de travail avec les enfants
La pause jeu de cartes (notre passage a laisse des traces insoupconnees...)
Au programme de la matinée: présentation de notre pays et du projet d'échange avec les enfants français, réalisation d'une mini expo avec une quinzaine de dessins d'enfants français dans chaque classe, puis séance de réponse à certaines questions posés par les écoliers de Troyes, de Normandie ou de Lahite-Toupière.

Les dessins des enfants francais commencent a tapisser les murs des classes...

jusqu'a remplir presque toute l'ecole.Heureusement les enfants nous aident a les coller...
... mais veulent une preuve de leur travail ensuite : seance photos !
Nous avons également ouvert la très belle carte de France avec photos réalisée par la classe de CM1 de l'école Teilhard de Chardin à la Chapelle Saint Luc. A la fin de notre séjour à Yanasara, elle trônera fièrement dans le bureau de la direction...

Quelques images de plus pour le plaisir des yeux




Premier week end et petite randonnee dans les montagnes

Dimanche 28 novembre

Le premier week end à Yanasara touche à sa fin. Steve a bien récupéré et est maintenant fin prêt pour attaquer le travail avec les enfants demain matin. Ce dimanche a été aussi l'occasion d'une première petite randonnée dans les montagnes entourant la vallée de Yanasara. Une heure et demie de grimpette pour tenter d'atteindre une des lignes de crête surplombant le village. Semi échec puisque le chemin emprunté n'y menait pas, mais semblait redescendre dans une autre vallée. Enfin la vue en valait tout de même la peine. On passe également à côté de petites maisons perchées sur la montagne, sans électricité et sans eau courante, et on croise de jeunes filles et de jeunes garçons conduisant des troupeaux de chèvre et de moutons. Ici l'isolement est encore plus fort qu'au fond de la vallée: certains enfants habitant dans ces montagnes doivent marcher plus d'une heure le matin pour aller à l'école.










Dans les montagnes du Pérou, la saison des pluies commence fin novembre et se poursuit jusqu'en mars. Nous l'avons bien compris en commençant la redescente vers Yanasara, lorsqu'une énorme averse nous est tombée sur la tête. C'est assez impressionnant: les chemins se transforment en quelques minutes en mini torrents de boue, et on rentre trempés de la tête au pied.

Le clou de l'épreuve fut la traversée de la rivière qui sépare le centre du village de la montagne sur laquelle se trouve l'école primaire. Avec toute l'eau dévalant depuis les sommets, la rivière gonfle très rapidement et à la redescente, nous avions de l'eau jusqu'au milieu des mollets.



Et dire que les enfants doivent traverser la rivière tous les matins pour aller à l'école. Quand il a beaucoup plu, ce sont leurs parents qui les portent sur leurs épaules. Au coeur de la saison des pluies, de janvier à mars, la traversée est tout bonnement impossible: on a de l'eau jusqu'à la taille et la rivière charie des cailloux qui rendent le passage extrêmement périlleux.

Yanasara ou l'apprentissage de la vie coupés du monde

Samedi 27 novembre

Nous voilà donc arrivés à Yanasara, petit village de 300 habitants situé dans une vallée au pied des montagnes, à 1900 mètres d'altitude et 8 heures de route de Trujillo. Le voyage commence par un trajet en bus de 6 heures entre Trujillo et Huamachuco, ville perchée à plus de 3000 mètres d'altitude. Puis c'est un petit combi qui nous amène en deux heures à Yanasara, en suivant un chemin à flanc de montagne, caillouteux et ruisselant en cas de pluie. Assez impressionant lors des virages les plus serrés et des croisements avec d'autres véhicule où le combi semble tutoyer le vide. Les jours de forte pluie, les éboulements sur la route sont fréquents: pas tres rassurant tout ca...

Petit apercu de la route descendant vers Yanasara: attention au mal de coeur...

En arrivant à Yanasara, on comprend le sens de l'expression coupé du monde: pas d'internet, pas de réseau de téléphone portable, un téléphone public pas toujours en bon état de marche, et donc deux heures de route pour atteindre la ville la plus proche. Et en cas de forte pluie, cette route devient impraticable. A Yanasara règne une grande pauvreté. La vie ici est très spartiate, le comfort minimal et les gens se nourrissent en grande partie des fruits de leurs cultures (notamment des pommes de terre), de riz acheté à Huamacucho, et parfois des oeufs et de la viande des nombreux animaux qu'ils élèvent: poules, cochons, moutons...



Nous sommes arrivés accompagnés de Juany, la directrice de l'agence de volontaires Otra Cosa, qui a fait beaucoup pour permettre aux enfants de Yanasara de suivre une scolarité dans des conditions décentes. Les professeurs et les élèves avaient préparé en notre honneur une cérémonie d'acccueil: chanson, danse, poésie, discours... Le play back de certaines chansons était parfois quelque peu approximatif mais le coeur y était: on ne s'attendait pas à être aussi bien reçus.

Nous nous sommes même essayés à la marinera, la danse de Trujillo, la palme du meilleur danseur revenant de loin à Steve.



Juany recut egalement en remerciement de son aide un superbe dindon (superbe, sauf sa tete...).



La cérémonie sembla tout de même un peu longue à la plupart des élèves de l'école: alors qu'elle avait débuté avec toutes les classes rangées en colonne, la main sur le coeur pendant l'hymne péruvien, seul le porteur de drapeau et quelques valeureux collégiens prêtaient encore attention à ce qui se déroulait sur la scène. Les autres avaient préféré retourner à leurs jeux d'écoliers.

Suite à la cérémonie, un repas pris avec les professeurs et les élèves de sexto grado de l'école secondaire, qui achèvent cette année leur scolarité et commenceront l'université à Trujillo en mars. Au menu: riz, pommes de terre, et délicieuse viande de cuy (prononcez couilles). Intrigués par le goût de cette viande, nous demandâmes à en savoir plus. Lorsqu'on nous apporta un cuy entier, nous fûmes assez supris de découvrir un animal qui, une fois rôti, ressemblait fort à un rat. On nous montra alors des cuys vivant, et nous constatâmes qu'il s'agissait en fait de nos bon vieux hamsters. Avis aux amateurs... Le cuy est en tout cas un plat typique de Yanasara, que l'on consomme pour toutes les grandes occasions: anniversaire, communion...



La gentillesse et la chaleur de l'acceuil est une constante à Yanasara. Il y a bien quelques regards troublants, notamment chez les jeunes enfants qui n'ont encore jamais vu d'occidentaux, et qui nous dévisagent comme d'étranges créatures débarqués d'un autre univers. Mais ce sentiment d'étrangeté devrait s'atténuer dans les jours à venir, au fur et à mesur que nous ferons connaissance. Ce qui va d'ailleurs faire la richesse de ce séjour, c'est qu'ici nous allons vraiment vivre avec les enfants: apprendre les trechniques de peche locales, observer les insectes, regarder les voitures traverser le rio dechaîné jusqu'à ce que l'une d'elles reste bloquée, jouer aux cartes... A Huanchaco, nous ne les côtoyions qu'à l'école, quelques heures dans la semaine.






Nous sommes logés dans une chambre derrière l'école, et une charmante femme du village nous prépare à manger matin, midi et soir. Les repas sont à chaque fois à base de riz et de pommes de terre, agrémentés parfois d'un oeuf ou de lentilles. Pas très varié mais au moins c'est nourrissant. Pour avoir un peu de vitamines, il est possible d'acheter des oranges et des bananes aux vendeuses du village. Et l'on ne devrait pas se ruiner à Yanasara. Seulement 7 soles par jour (moins de deux euros) pour la chambre et les trois repas. On dépensera presque autant en eau potable, la seule denrée qui est ici plus chère qu'en France: une petite bouteille de 65 centilitres, ramenée depuis Huamachuco, coûte environ 40 centimes.

Qui plus est, l'endroit est superbe: encerclé par les montagnes, il y règne un calme et une tranquilité impressionants. Cette sérénité ambiante est frappante, surtout lorsqu'on arrive d'une grosse ville comme Trujillo ou d'un lieu très touristique comme Huanchaco. Tout autour de nous, des montagnes multicolores: une seule envie depuis notre arrivée: grimper au sommet, pour y apprécier la vue sur la vallée de Yanasara.




Le village possède également, à une vingtaine de minutes de marche de l'école secondaire, des sources thermales. Deux bassins, un petit pour les enfants ne sachant pas nager et un grand, où l'eau dépasse les 40 degrés. Habitués à la fraîcheur des piscines françaises, il nous a fallu un certain temps pour nous acoutumer à la température de l'eau. Les enfants de Yanasara nous ont dit qu'après quelques jours, la peau s'habitue et la sensation de brûlure en entrant dans l'eau disparaît. Après deux heures dans le bassin, nous en sortîmes relaxés et avec une peau de bébé. Un peu fatigués aussi, suite à une leçon de natation donnés aux enfants d'un village voisin (dans une eau à 40 degrés, on se fatigue vite et après une dizaine de longueurs à porter des enfants en leur apprenant les mouvements de bras et de jambe, la tête vous tourne un peu...) et la traditionnelle photo avec les jeunes adolescentes péruviennes, en émoi devant la blancheur de notre peau de gringo.















Samedi matin Steve est cloué au lit par ce qui ressemble fort à une gastro, espérons qu'il se remettra vite pour que nous puissisons commencer l'ascencion des montagnes de Yanasara.
Le travail avec les enfants de l'école primaire débutera lui ce lundi, nous aurons en tout 9 jours de travail avec les 6 classes de l'école, jusqu'à notre retour à Huanchaco le 10 ou le 11 décembre.